LA HARPE CELTIQUE



Alan Stivell  en concert avec sa Harpe Celtique

Description.

Cet instrument aux formes sensuelles et féeriques nécessite un peu de vocabulaire. Le dessin ci-dessous nous permettra de connaître ses différents composants et leurs noms !

Illustration sonore par Dimitri Boekhoorn

Histoire de la harpe.

LES ORIGINES:

Les premières images de la harpe dont nous disposons proviennent de Mésopotamie, de Grèce et d'Egypte. Ces instruments étaient de formes et de tailles diverses mais comportaient généralement une caisse de résonance et un support de cordes reliés par un cadre en forme d'équerre ou d'arc. Les cordes, faites de fibre végétale ou de cheveux étaient accordées en tirant ou tournant les noeuds qui les tenaient. Les plus anciennes de ces harpes primitives remontent à 2800 avant J.C.


Harpe Egyptienne
(tableau de la salle des harpes, cinquième tombeau des rois)

LES HARPES TRIANGULAIRES DU MOYEN AGE:

Les harpes européennes du moyen-age différaient des harpes Méditerranéennes par leur construction en trois parties. L'addition d'un troisième bras ou côté (la console), créant de fait un triangle, contribua à renforcer la structure de l'instrument autorisant ainsi une plus grande tension des cordes et par conséquent l'augmentation du volume et du sustain. Les premiers dessins de harpe triangulaires apparaissent au début du IX ème siècle dans l'ouvrage du Psaultier d'Utrecht. 
Des illustrations ultérieures du XI ème siècle montre une évolution de la harpe comportant notamment une caisse de résonance plus grande comportant une jonction arrondie avec la console (côté ou sont fixées les cordes). Les harpes écossaises retrouvées dans des carrières de cette époque ont une forme similaire. Un manuscrit anglais, le "Caedmon's Metrical Paraphrase of Scripture History", illustré dans la première moitié du XI ème siècle montre le Jubal de la Bible jouant d'une harpe de ce type. Celle-ci fait déja prêt d'un mètre de haut, reposant sur son épaule droite, la caisse de résonance coincée entre les jambes.
Au XII ème siècle, les illustrations montrent une amélioration du design des harpes comportant une console courbée. Ce dernier permet, en raccourcissant la longueur des cordes du milieu, de maintenir une tension uniforme sur l'ensemble de l'instrument.


Détail du roi David jouant de la harpe (Psaultier Hunterien 1170)


Le développement de la Harpe Celtique.

Après avoir reçus l'influence du Christianisme et des cultures méditerranéennes, les Celtes ont opérés un mouvement inverse à partir de l'Irlande pour atteindre l'Allemagne du sud, la Suisse et l'Italie du Nord. Ces missionnaires puis les luthiers ont alors propagé leurs petites harpes, déclinaisons celtiques de la harpe européenne.

En Ecosse, les images de harpes triangulaires apparaissent au IX ème siècle environ, sur la côte est dans les sculptures en pierre des Picts, une confédération de tribus qui sont à l'origine du peuple écossais. Des sculptures plus anciennes seront trouvées plus à l'ouest montrant une évolution progressive vers la forme avancée de la plus ancienne harpe celtique, apparue au XV ème siècle.

En Irlande, cependant, des images de David sculptées des X ème et XI ème siècle montrent des instruments à quatre côtés, probablement des lyres. Les plus anciennes images de harpe triangulaire n'apparaissent pas avant le XI ème siècle pour les sculptures en métal et le XII ème siècle pour les sculptures en pierre. La harpe celtique est donc d'origine écossaise avant d'être irlandaise !

Le mot "harp" est issu de mots anglo-saxons, allemands ou scandinaves anciens dont la racine signifie "plumer" ! Au XIII ème siècle, le mot a été appliqué spécifiquement à la harpe triangulaire. Le terme Gaélique "cruit" désignant un instrument à corde filées étant également utilisé à l'époque. Plus tardivement, le mot "clarsach" ou "clairseach" fut employé en Ecosse et en Irlande. Il semble que le mot "harp" désignait alors plutôt la harpe européenne à cordes en boyau alors que "clarsach" décrivait la harpe celtique à cordes filées.

Les deux plus anciennes harpes celtiques conservées intactes à l'heure actuelle remontent au XV ème siècle et sont tellement semblables qu'elles semblent avoir été fabriquées de la même main ! Ces harpes ainsi qu'un autre instrument en Ecosse appelé "Lamont harp" ont une hauteur de 80 à 95 cm et disposent de 29 à 32 cordes. On peut admirer la Trinity College harp en Irlande (Dublin) ou la Queen Mary harp en écosse (Edimbourg) mais les voici ci-dessous en exclusivité rien que pour vous !

            

Les plus anciennes harpes celtiques (Trinity College et Queen Mary harps)

Au cours du XVII ème siècle, la largeur de ces instruments augmenta afin d'atteindre 34 cordes ou plus. Puis, la hauteur progressa également pour atteindre plus d'un mètre cinquante. Les modèles utilisés en musique celtique se distinguent de l'instrument classique des orchestres symphoniques par leur moindre composante technique : n'ayant pas de système de pédale qui permet de moduler les gammes diatoniques, la harpe celtique offre néanmoins au musicien une gamme complètement chromatique par un système de clés moins maniable que les pédales, mais plus adapté aux airs traditionnels.


Déclin et renouveau de la Harpe Celtique.

La musique constituait une part importante de la vie dans l'Irlande ancienne. Les harpistes professionnels étaient au sommet de la noblesse. Ils ne possédaient pas de terre mais du bétail. Il y avait certainement des écoles de harpe en Irlande, tout comme au Pays de Galles, ou les harpistes passaient plusieurs années à s'entraîner.

La guerre en Irlande qui se termina en 1607 sonna la fin de l'ordre Gaélique et par la même la disparition des écoles de bardes irlandaises. En écosse celles-ci perdurèrent cependant encore un siècle. La musique des harpistes provenant d'une tradition "non écrite", transmise oralement par les professeurs aux élèves, la plus grande partie de la musique fut perdue. A cause de "l'anglicisation" de la société irlandaise, les harpistes furent réduits au rôle de musiciens itinérants. Le plus célèbre harpiste de l'histoire irlandaise, Turlough O Carolan, vécu lors de cette période (1670-1738). Il adapta les caractéristiques de la musique baroque européenne à ses compositions destinées à ses patrons anglo-irlandais.

A la fin du XVIII ème siècle, il était clair que l'espèce des harpistes traditionnels irlandais était pratiquement éteinte. Cependant, afin d'encourager la tradition, un festival fut organisé à Belfast en juillet 1792 avec des prix offerts aux trois meilleurs harpistes. Malgré cet encouragement, seuls 10 harpistes se présentèrent pour jouer dont un certain Dennis Hempson agé de 97 ans! Le festival échoua dans sa tentative de relancer la harpe traditionnelle mais il fut un succès pour préserver ses derniers vestiges. Edward Bunting, un jeune organiste de 19 ans, fut choisi pour écrire les musiques des harpistes du festival. Il le fit avec tellement d'enthousiasme qu'il continua bien après le festival, publiant 3 recueils en 1797, 1809 et 1840. Au delà de la musique, il collecta toutes les techniques instrumentales de la harpe celtique. C'est uniquement grâce au travail de Hempson et Bunting qu'une petite partie du patrimoine de la harpe celtique parvint jusqu'à nous.

En effet, en 1970, les musiciens décidèrent de ramener à la vie le son des vieilles harpes celtiques. Après avoir lu les ouvrages d'Edward Bunting, Ann Heymann s'interessa à l'instrument et démarra ses propres recherches. Disposant d'une copie de la "Castle Otway harp", guidée par les écrits de Bunting et ses propres expérimentations, elle procéda à la redécouverte des techniques de jeu, des ornementations requises par le sustain des cordes en métal. D'autres harpistes ont également contribué à la renaissance de cette tradition perdue tels que Keith Snager et Alison Kinnaird en Ecosse. 

Ann Heymann

En ré-apprenant à jouer de la harpe celtique, les harpistes actuels recréent une nouvelle tradition, une tradition vivante pour les siècles à venir!


Le Harpe Celtique (Telenn geltiek) en Bretagne.

La harpe celtique s'est très vraisemblablement installée en Bretagne dès le VIII ou IX ème siècle. Les textes et poèmes montrent en effet l'importance de la harpe en Bretagne au même titre que dans les autres territoires de la civilisation celte. Référence est faite notamment à des cordes métalliques attestant ainsi de la celtitude de l'instrument. Dans son ouvrage "Telenn, la harpe bretonne", Alan Stivell et Jean-Noel Verdier citent les recherches de Léon Fleuriot, Y.B Piriou et Gérard Lomenec'h montrant la présence importante des harpes dans l'univers breton et ce jusqu'au XII ème siècle. 

Du fait de l'influence continentale croissante, la harpe bretonne subit un déclin progressif identique que dans les autres contrées celtes jusqu'à la fin du XVII ème siècle pour finalement probablement disparaitre à la révolution française.

Mais la harpe bretonne allait renaître de ses cendres! Légendaire, majestueuse, douce au pouvoir démesuré, la harpe celtique (telenn geltiek en breton) est réintroduite en Bretagne depuis les années cinquante sous l'impulsion de Taldir Jaffrenou, précurseur du mouvement autonomiste breton et de Jord Cochevelou

Gildas Jaffrenou et Alan Stivell, leurs enfants respectifs ont ensuite poursuivi leur initiative mais Gildas, installé au Royaume Uni n'a pas pu participer à la réintroduction de la harpe bretonne en compagnie de Jord Cochevelou et d'Alan Stivell dès 1953. il laisse cependant plusieurs ouvrages de référence sur l'instrument. de 1953 à 1963, les Cochevelou prennent leur bâton de pélerin pour faire connaître la harpe celtique en Bretagne et à Paris.

Alan Stivell prend ses premiers cours de harpe à 9 ans et à 13 ans, il joue déjà à l'Olympia ! En 1970, c'est le grand envol avec les disques "Brocéliande-Son ar chistr" et "Reflets". En 1971, il enregistre le disque "Renaissance de la harpe celtique" qui donne ses lettres de noblesse à l'instrument et suscite un engouement inimaginable dans le monde entier. Il se vendra à 1,5 million d'exemplaires et lui vaudra une nomination ultérieure aux "Grammy Awards". Alan Stivell utilise les techniques anciennes mais introduit également de nouvelles formes d'interprétations. L'histoire se poursuivra avec le succès que l'on connaît. Dans les années 80, Alan Stivell conçoit et fait construire des harpes électro-acoustiques, "solid-body" et "midi". En 2004, c'est la tournée du 50 ème anniversaire du retour de la harpe celtique.

Depuis, notre homme a fait des émules et de nombreux musiciens ont entamé une relève à la hauteur de cette résurrection : Gwenaël Kerleo, Kristen Nogues, Dominig Bouchaud, Myrdhin, Christophe Saunière ... Quant aux groupes Triskell ou Dremmwel, ils ont adopté la harpe dans un jeu de fest-noz qui contraste joyeusement avec les thèmes de méditation que sa sonorité naturellement très cristalline lui procure souvent.

Christophe Saunière et Joanne Mc Iver

Liens.

Cette page sur la harpe celtique a pour objectif de réaliser une synthèse la plus complète possible sur l'instrument. Pour la rédiger, j'ai traduit des textes anglais et utilisé des photos et des fichiers audio glanés sur le net. Tous ces sites sont cités dans les liens ci-dessous. Si néanmoins cela posait problème, merci de me contacter par mail...

Pour en découvrir plus sur la harpe celtique:

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